Nathanaël – un walk-in

Je suis venu d’un endroit où des couleurs existaient. Je les ai appelées  » les couleurs qui parlent » car elles appelaient ce que j’étais. Là où se trouvait un voile blanc derrière lequel il y avait une lumière d’un blanc immaculé remplie d’amour. Là où il y a d’autres êtres de lumière, l’endroit qui semblait être « chez Soi ».

Ce que j’étais à traversé un vide puis un espace de plus en plus étroit jusqu’à se trouver au dessus d’un corps au plafond d’une chambre pleine de lumière.

Ensuite, je suis entré dans ce corps. J’étais là, dans une chambre d’hôpital entouré d’infirmières. Les premiers mots que j’ai entendu ont été « Bonjour, ça va ? ».  Je ne comprenais pas. Je suis devenu Philippe, J’avais 21 ans, 33 kg pour 1m95.

Je ne pouvais pas bouger et toutes ces personnes m’étouffaient, me brûlaient par leur présence et tous ces mouvements m’épuisaient. Je venais d’un endroit immense, rempli de lumières, de couleurs, paisible où la parole est inutile et là je me trouvais dans un corps que je connaissais pas, au milieu de tant d’inconnus.

D’autres personnes pleuraient derrière une vitre en me regardant. Je continuais sans comprendre à découvrir le lieu où je me trouvais, dans ce corps qui me brûlait et me faisait affreusement mal.

Plus les jours, les nuits passaient plus je regrettais l’endroit d’où je venais. C’est tellement petit ici.

Les personnes qui pleuraient derrière la vitre ont pu venir à mes côtés. Une s’est présentée comme ma mère, l’autre mon père, un autre, mon frère.

Je ne me souvenais de personne. J’étais étonné et gêné à la fois de ne reconnaître personne alors qu’eux pleuraient de joie.

J’ai été après quelques jours transporté dans une maison qui m’était inconnue avec ces personnes. Ils m’ont emmené à la maison.

J’ai compris alors que j’étais là pour un moment. J’ai, depuis ce jour, toujours considéré les personnes chez qui j’étais autrement que ma famille, un espace me séparait d’eux, je n’étais que de passage.

J’ai dû apprendre à marcher, regagner du poids en quittant les perfusions, être Philippe.

J’ai vu à la télévision après un certain temps, la guerre du Golf. Je ne pouvais pas dormir, je pleurais de voir les êtres humains s’entretuer.

J’étais seul, sans aucun ami, avec toutes ces questions et personne pour y répondre. Qui j’étais ?

Ensuite, j’ai appris à parler le français, je connaissais mieux l’anglais, j’ai vu par la suite que dans une vie antérieure, j’avais été philosophe irlandais.

Je n’arrivais pas à écrire car je ne pouvais pas tenir de stylo ou de crayon, ni compter, être ce qui était défini par tous, un être humain.

Je suis dans un corps malade, J’ai toujours vécu au jour le jour depuis, sans projet trop lointain.

Je n’ai appris que récemment qui j’étais. Quand je suis arrivé à Marseille, une amie médium me l’avait déjà dit en 2012 mais 2017 m’a fait me retrouver.

Je suis Nathanaël, un Walk-in. Depuis 21 ans tous les 7 ans ma vie s’est enrichie, transformée mais j’ai toujours eu une confiance aveugle en celui que j’ai croisé.

J’ai 54 ans. Aujourd’hui, pour certains je suis Philippe et pour des personnes proches, Nathanaël.

Je vis sans pouvoir raconter mon histoire et mon vécu intérieur. J’ai toujours tellement à raconter que je ne peux pas dire sans qu’on me prenne pour ce que ne suis pas.

J’avais un « ami » qui était médecin à qui j’ai commencé à raconter mon expérience. Il a essayé  de me faire rentrer à St Anne, un asile psychiatrique à Paris. Depuis j’ai compris que je ne pouvais exposer ça à tout le monde. C’est la première fois que j’en parle. Je demande à ceux que ce texte dérange d’être indulgents, c’est mon histoire.

Je me suis fait des amis depuis, qui m’ont accepté comme je suis, autrefois Philippe, un expérienceur, aujourd’hui Nathanaël un Walk-in.